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Tribune : Catch, morale, éthique, comment on fait?

  • 3 février 2026

Il est 1h53 du matin. Impossible de dormir. Demain, c’est le Royal Rumble et je me suis couché en colère. En colère de voir tant de gens se donner rendez-vous. Tant de gens excités à l’idée. Tant de gens heureux d’arriver enfin à cette période de l’année. C’est un sentiment étrange de ressentir de la colère face au bonheur d’autrui. Pas loin de chez moi, lorsque l’on passe des heures entières sur la place à jouer au ping-pong avec les jeunes et moins jeunes du quartier, on aperçoit souvent cette colère dans les yeux de certains voisins. On voit que notre joie les agace. Que nos rires les dérangent. Notre plaisir est une nuisance. Une perturbation. De ces gens, on en discute parfois. On se demande qui ils sont. Quelles vies ils mènent pour en arriver à détester notre joie. En vouloir à la joie, c’est fou. Mais c’est un sentiment que j’ai personnellement déjà connu. Une seule fois. C’était en découvrant les images de Backlash, à Lyon. Toute cette énergie m’avait profondément agressé. Pour la première fois, contempler la joie me procurait un sentiment négatif. Me faisait du mal. Car cette joie était dirigée vers tout ce que je combattais. Tout cet amour, pour une compagnie si loin d’en être digne. Pour moi, sur le moment, cette fête n’était rien d’autre que de la complicité. Un tampon d’approbation. Toute cette célébration, pour la WWE. Pour cette WWE. Cette WWE, ses méthodes brutales, ses employés accusés, ses prix excluants, ses liens aussi profonds qu’assumés avec des politiques d’extrême droite mortifères et son procès en cours pour trafic sexuel. Entre autres. C’était pour elle, tous ces sourires. Tous ces bras levés. Tous ces chants. Tous ces merci. Tous ces s’il vous plait. C’était pour elle, toute cette vie. Et ça m’était insupportable.

J’ai ressenti quelque chose de similaire en cette veille de Royal Rumble. J’ai vu des discussions, des blagues, des émissions, des pronostics. Partout. Beaucoup de bruit, comme si tout était oublié. Du bruit pour un show de la WWE en Arabie Saoudite et son gouvernement qui s’achète une respectabilité internationale à coup de batailles royales. Du bruit pour un show tenu dans un stade construit en à peine un mois, au prix de conditions de travail qu’on ne peut qu’imaginer indignes. Du bruit pour un show mettant en avant le visage de Brock Lesnar sur ses affiches. Du bruit pour Logan Paul, pour Triple H, pour Nick Khan. Du bruit pour tous ces gens qui se taisent face à l’horreur ou qui, pour certain·e·s, y participent directement.

Cela fait plusieurs années maintenant que j’ai totalement arrêté de suivre la WWE. Ça ne m’a malheureusement pas totalement apporté la paix. Ce qu’elle est m’affecte encore au plus haut point. Elle est fausse, crasse, violente. Ses velléités expansionnistes, symboles tragiques de l’impérialisme américain, sont nocives pour la discipline dans son ensemble. Elle écrase, piétine, colonise. Elle détruit. Elle veut détruire. Mais elle reste, qu’on le veuille ou non, que je la suive ou non, la vitrine mondiale de ma plus grande passion. Ce que les gens du monde réel en voient. Même si elle n’est plus présente dans ma vie, elle est toujours là. Sa politique me fait peur. Sa vision aussi. J’ai peur qu’elle finisse par l’imposer. Par la normaliser. Que le catch s’uniformise. Qu’elle le vide de tout ce qu’il est. Qu’elle y arrive. J’ai peur qu’elle finisse, un jour, par définitivement le briser. C’est ça qui me tracasse, et c’est ça qui me met en colère : que rien ne soit fait pour que ça n’arrive pas.

Et si ça me tracasse tant, c’est parce que j’aime le catch. Tellement. Anormalement, je trouve, parfois. À tel point que c’est impossible pour moi de trouver les mots suffisants. Ils n’existent probablement pas. Je suis intimement persuadé que peu de gens aiment le catch comme je l’aime. J’ai d’autres passions : le basket, le rap, le dessin, les sciences sociales. Elles occupent une place conséquente dans ma vie. Minuscule en comparaison. La femme qui partage mon quotidien connait Sareee, HIMAWARI (NDLR : apparemment non), Hangman Page, Nate Prince ou encore Anastasia Bardot. Je lui ai offert un t-shirt de Mina Shirakawa. Elle n’aime pas le catch, pourtant. Pas du tout même. Des fois, ça me peine qu’elle ne puisse pas y voir ce que j’y vois. C’est tellement fascinant, ce que j’y vois. Du coup, j’en parle. Beaucoup trop souvent. Pour essayer de lui faire comprendre. Comprendre le catch et, par ricochet, comprendre qui je suis. Il fait partie de moi. Intégralement.

Aussi loin que je m’en souvienne, il a toujours été là. Le point de départ, c’est SummerSlam 1991 que regardait mon père sur la télé du salon. Bret Hart vs Mr. Perfect. Je ne saisissais pas encore réellement ce qui se déroulait devant moi mais l’attirance était déjà manifeste. La foule. Les vibrations. Les sons. Les couleurs. Surtout les couleurs. J’aimais beaucoup la tenue de Perfect. Un turquoise magnifique. Le même que celui de l’Olympique de Marseille. Le même que celui de Sid Justice quelques mois plus tard lorsque je découvrais, émerveillé, le concept du Royal Rumble. Un flot incessant. Un déferlement de personnages, de personnalités, d’action. Une frénésie totale. Un tournant. Avant ce moment, je n’avais d’yeux que pour le basketball. En 1992, je regardais sans cesse une cassette vidéo consacrée à la Dream Team. En boucle. Des centaines et des centaines de fois. Quasiment tous les jours. Mais de moins en moins, une fois que le catch avait fait son entrée dans ma vie. Dans ma chambre de l’époque, les posters de David Robinson et du Run TMC ont dû progressivement partager l’espace avec des nouveaux venus : Bret Hart, le Macho Man, l’Ultimate Warrior. Enfant, j’adorais aller en Allemagne. Pas pour l’architecture, la culture ou la nourriture mais simplement parce qu’en Allemagne, le catch existait. On y trouvait des magazines en grandes surfaces, des figurines dans les magasins de jouets. Je me revois porter des chaussettes à l’effigie de l’Undertaker. Le même Undertaker que je combats idéologiquement de toutes mes forces aujourd’hui.

Pour mes 8 ans, mon père m’a offert un ring pour y faire s’affronter mes quelques figurines. Ce n’était pas le ring officiel WWF que je désirais tant, celui que je voyais dans les vitrines des magasins allemands. Nous n’en avions pas les moyens. C’était, et je ne l’ai compris que plus tard, tellement plus que ça. Un ring fait de ses mains, constitué de planches de bois, de crochets et d’élastiques de bureau en guise de cordes. Je me souviens de ce jour. Et je me souviens précisément que mon premier réflexe n’était pas de l’utiliser mais de lui donner vie. De lui apporter la touche finale. Nécessaire. Je courais dessiner le logo de Wrestlemania sur une feuille de papier, le coloriais, le découpais avec le plus grand soin et le collais au centre. Là, c’était un ring de catch. Wrestlemania. Ce mot voulait tout dire pour l’enfant que j’étais. La définition même d’un rêve. Un rêve que j’ai pu réaliser bien des années plus tard. Wrestlemania 8, je tombais définitivement amoureux de la discipline. Wrestlemania 26, je m’envolais pour Phoenix, Arizona.

À ce moment-là, la WWE n’était plus le centre de mon monde depuis déjà bien longtemps. Dès mon adolescence, mon amour m’avait mené à bien d’autres endroits. Je collectionnais les cassettes vidéo ECW, All Japan, les best of RF Videos et Highspots. Mes armoires débordaient. Ma chambre n’était qu’un simple lieu de stockage. Le catch en était le fond sonore. Toujours. Même quand je n’en regardais pas. FIP, Jersey All-Pro, MLW, TNA numérotés, Toryumon, PWG, Best of Super Juniors, Super 8, Tournament of Death, Ted Petty Invitational, SHIMMER. Je me souviens de CM Punk et Jimmy Jacobs en roue libre aux commentaires devant quelques dizaines de personnes à la IWA-Mid South. D’un montage vidéo en hommage au Misawa vs Kawada du 3 juin 1994, au ralenti, sur fond de musique classique. Des éclats de sueurs. Des corps déformés par la brutalité des impacts. La beauté absolue. Je me souviens de Bubba Ray Dudley invitant un enfant à sauter du balcon dans le Queens. « Jump motherfucker, jump! ». Je me souviens des tirades de Joel Gertner que j’apprenais par cœur sans réaliser à quel point elles étaient dégradantes, des Backseat Boyz vs SAT, de la première fois que j’ai vu un Spanish Fly, du Joker Driver sur Chris Cash, de NOAH Departure au Tokyo Dome, des cartons pleins que je recevais et des DVDs vierges que j’achetais par centaines pour y graver autant de catch que possible. Je me souviens des larmes d’Ian Rotten à la ICWA, juste après le décès de Chris Candido. Quelques minutes auparavant, il était à quelques centimètres de moi, insérant une fourchette dans le front de son adversaire. Je me souviens aller à la fac avec l’audio du match entre Triple H et John Cena à Wrestlemania 22 dans les oreilles. L’audio. Je me souviens m’être rendu à Munich pour mon premier show WWE en 2004 avec un t-shirt de Low-Ki à la Zero-1, comme pour montrer que, moi, je connaissais le catch. Tout le catch. C’était le jour du salut nazi de JBL. Mon tout premier show de catch. Triste présage.

Mais si la WWE n’était plus le centre de mon monde, le Royal Rumble et Wrestlemania, eux, y sont constamment restés. Dans ma vie de tous les jours, j’ai toujours compté les années en Wrestlemania. C’est un repère temporel. Mon repère temporel. Et lorsqu’en 2010 j’y étais enfin, lorsque Justin Roberts prononçait les mots « Welcome to Wrestlemania », j’ai pleuré. Je pensais à mon père, décédé peu après m’avoir confectionné ce ring en bois. Ce n’était pas un show de catch, c’était un aboutissement. « I made it », c’était la chanson officielle. Le rêve de ma vie. Je me souviens entrer dans le stade des heures avant le début du show et me rendre aux toilettes dans les travées encore vides de l’University of Phoenix Stadium. Je vois encore une pièce presque infinie, avec des urinoirs à perte de vue. Pas un bruit, pas une âme. Jusqu’à l’entrée d’un petit garçon. Je pourrais encore le reconnaître. Parmi les dizaines d’urinoirs disponibles, il a choisi celui situé à côté du mien. Pendant toute la durée de la scène, il ne m’a pas quitté du regard. Puis il m’a dit, avec une excitation indescriptible sur son visage: « It’s gonna be awesome ! ». Des fois, je pense à cet enfant. Ce petit, c’était nous tous.tes. Il était moi, j’étais lui. Ensemble, de loin, nous avons vécu Undertaker vs. Shawn Michaels. Je ne saurais jamais qui il est, mais nous avons ce souvenir de vie commun. Marquant. Un état de transe comme il est difficile de l’expliquer. Je suis content d’avoir été là. D’avoir vécu Wrestlemania. Plusieurs fois. D’avoir cassé mon téléphone dans les tribunes pendant le cash-in de Seth Rollins à Wrestlemania 31. D’avoir été présent dans le wagon du fameux « Fandango train » le lendemain de Wrestlemania 29 et d’avoir ri jusqu’au bout de la nuit sur Times Square ce soir-là. C’est précisément pour ça que j’en veux à la WWE. Profondément. Je lui en veux d’avoir semé le mal pendant tout ce temps et de continuer à le faire. Mais aussi, égoïstement, de m’avoir volé mes souvenirs. De m’avoir tout donné et de m’avoir tout repris. Tout confisqué. Tant de moments.

Parmi eux, un minuscule instant que j’ai longtemps tout particulièrement chéri. Le lendemain de WrestleMania 31, à RAW, au SAP Center de San José. Mon petit trésor. Quelques secondes qui, pour moi, disent tout de ce qu’est le catch. Quelques secondes qui voient la foule lâcher à l’unisson trois « ooooh » consécutifs, chacun portant un sens totalement différent. Un premier d’étonnement général lorsque Seth Rollins retombe sur ses pattes après la première german suplex d’un Brock Lesnar sensé n’en faire qu’une bouchée. Un second d’ivresse teintée d’espérance lorsqu’il parvient même à le faire chuter, et un troisième, synonyme de retour brutal à la réalité lorsque Brock no sell, se relève et fixe sa proie. Cinq secondes, trois cris, trois émotions. Ces cinq secondes, j’aimais les montrer. Souvent. À un peu tout le monde. J’aimais dire que, pour moi, le catch, c’était ça. Ces cinq secondes. Elles suffisaient pour l’expliquer. Cette courte séquence, je ne la montre plus. Je ne la regarde plus. Elle n’existe que dans un monde que je souhaite laisser derrière moi. Ces Wrestlemania, je ne les visionnerai plus. Ces photos, je ne les regarderai plus. C’est au-delà de mes forces. Pas après tout ce que je sais maintenant.

Pour être tout-à-fait honnête, j’ai compris ce qu’était la WWE bien avant d’arrêter de consommer son produit. Mais je continuais. Comme beaucoup d’entre vous continuent. En réalité, ma colère ne vous est pas réellement destinée. Pas individuellement, en tout cas. Pendant longtemps, j’ai vu la WWE comme mon cheat meal. Ma zone d’écart. La vie était suffisamment douce pour que je me l’accorde. J’étais en paix avec le reste de mes actions, et je m’accordais celle-ci. En tournant la tête ou en essayant de ne pas trop penser aux ring boys, aux violences domestiques de Stone Cold, aux déclarations de Kane, au mal incarné qu’est depuis toujours Vince McMahon. Ce que je m’autorisais il fut un temps, je ne me l’autorise plus. Où plutôt, je n’arrive plus à me l’autoriser. Pour tout un tas de raisons. Du coup, je me prive. Effacer Carrefour, McDonald’s, Reebok, la Coupe du monde de la FIFA, ça ne m’est d’aucune difficulté. C’est même un plaisir. Mais effacer un pan tout entier de ma passion, c’est davantage coûteux. Militer a un coût. Pour la première fois, je n’ai plus accès à tout. Des moments de légende se passent sans moi, des classiques m’échappent. Des conversations, aussi. Je me prive des carrières de Sami Zayn, Asuka, Kairi Sane, Kevin Owens, Gunther. Je dis au revoir à Mariah May et Giulia quand elles passent de l’autre côté. Je demande de temps à autres ce qu’elles deviennent et je partage ma crainte que d’autres les rejoignent. Car dans mon monde, signer à la WWE, c’est disparaître. Comme si j’avais perdu un sens. J’entends, malgré moi, des choses. Mais je ne les vois plus. Je lis que Kendall Grey est fabuleuse mais je ne sais pas qui elle est. Avec tristesse, je me dis que la carrière d’Elio LeFleur aura peut-être dorénavant entièrement lieu dans cette zone invisible. Elle m’intéresse, mais elle n’existera pas. Bien entendu, je ne lui souhaite que de la joie. Mais j’aimerais lui demander pourquoi. Pourquoi là-bas. Pourquoi maintenant. Pourquoi eux. Eux qui piétinent l’héritage de la lucha libre qu’il affectionne tant. Et, à vous, j’aimerais demander pourquoi on accepte encore collectivement de considérer la WWE comme le sommet. Comme une consécration. C’est leur récit, mais pourquoi est-ce encore le nôtre après tout ce qu’ils ont fait? C’est ça, notre Graal? Ce qu’on peut souhaiter de mieux à nos talents? Je comprends évidemment l’opportunité, la visibilité, le prestige. Je comprends la grandeur, l’échelle. Je comprends la sécurité financière. Je comprends les moyens, la production, la qualité des installations. Je comprends le public, les enfants, la connexion. Je comprends la trajectoire, l’apprentissage, l’expérience. Je comprends le vestiaire, les conseils, les légendes. Je comprends le rêve d’enfant. Mais tout de même. Quelle drôle de bannière.

Ne vous y trompez pas, j’ai bien conscience que d’autres structures ne valent pas beaucoup mieux. J’affirme par contre sans sourciller qu’elles n’atteignent de loin pas ce niveau de nocivité. Ce niveau d’intention. Un moins pire dont il faudrait fatalement se contenter. Que faire d’autre? Arrêter la AEW aussi? Darby Allin, Chris Jericho, Ric Flair, Justin Roberts, la proximité de The Elite avec Marty Scurll. Ça suffirait largement pour. La photo récente d’Hangman Page, tout sourire en sa compagnie, a eu l’effet d’une piqûre de rappel généralisée. Le catch est structurellement gangrené. Partout. Alors quoi? Récemment, j’ai appris que Natsupoi avait épousé Shingo Takagi, proche d’une extrême droite japonaise particulièrement féroce. Pas simple de s’extasier devant ces deux-là dorénavant. Mais rien de surprenant. Au final, dans le catch, rien ne l’est jamais vraiment. Ce n’est jamais une surprise d’apprendre que ses protagonistes sont mauvais. C’est un terreau favorable au pire. Le doute y plane tout le temps. Ses fondations appellent le soupçon. Elles cochent toutes les cases. Tous les maux de nos sociétés. La misogynie, le racisme, le patriarcat, la domination, l’exploitation. Les mécanismes de pouvoir, le capitalisme, la marchandisation des corps. La concurrence, la méritocratie. Le culte de l’apparence, de la puissance, de la virilité, de la masculinité. Le divertissement à tout prix, l’impunité, la culture du silence, le rejet de la parole, la culture du viol. Pour l’avoir énormément côtoyé, il est objectivement désespérant. Il faute. Il pardonne. Il oublie tout. Il ose tout. J’ai vu une foule se moquer des « special olympics », cette olympiade accessible aux personnes en situation de handicap mental, j’ai entendu des sections entières chanter « We want Benoit », pourtant responsable du meurtre de sa femme et de son fils, j’ai vu des catcheurs déféquer dans les sacs de leurs collègues, d’autres me demander si je n’avais pas une amie à leur présenter pour la nuit, j’ai vu des promoteurs odieux, des backstage aux airs de boys’ club, des propos insultants, racistes, homophobes et misogynes dans les vestiaires. Aujourd’hui, je vois des foules acclamer Brock Lesnar et des médias le couvrir comme un nom parmi tant d’autres. C’est le prolongement de tout ça. Et le pire en découlera. Comment ne peut-il pas en découler.

Du coup, qu’est-ce qu’on fait? Comment continuer de vivre cette chose hybride et étrangement ensorcelante qu’est le catch? Comment on s’en sort quand aucune piste n’est entièrement satisfaisante? Le déni? Impossible. L’arrêt total? Encore moins. La pureté militante? Une illusion dans un monde où tout finit par se heurter à la réalité dans laquelle on vit. Quoi d’autre? La dissociation morale? Regarder mais critiquer? Compenser ailleurs pour apaiser sa culpabilité? Comment. On. Fait? Aucune putain d’idée. Ne croyez pas que j’écris pour apporter des réponses à quoi que ce soit. Chacun·e finira par trouver les siennes. Mais la somme de cette grande addition dira quand même quelque chose sur nous. Sur le catch français. Sur cette supposée communauté que nous sommes sensé·e·s former pour des raisons qui m’échappent encore. Une passion en commun? Oui, et? Est-ce que j’ai envie, moi, de faire communauté avec les personnes citées plus haut? Absolument pas. Jamais. Des fois, c’est sain, la division. Surtout en ce moment. Il y a des positions à tenir. Des valeurs à défendre. Des lignes à faire bouger. « Enjoy All Wrestling » est un slogan que je trouve particulièrement déconnecté du réel et des enjeux actuels. J’irais même jusqu’à dire que c’est une position dangereuse. Parce qu’elle invisibilise tout. Parce qu’elle met tout sur un pied d’égalité. Parce qu’elle ne cherche pas à comprendre. Parce qu’elle vide tout de son contexte. La seule chose qui différencierait toutes ces compagnies, ce serait nos goûts. Une innocente histoire de goûts. Il faudrait simplement respecter les goûts de chacun·e. Mais on ne parle bien évidemment pas de goûts. Plus depuis longtemps.

Quand on boycotte Starbucks, ce n’est pas par dégoût de leur chai latte. C’est pour tout le reste. C’est pour ce qu’ils sont. Ce qu’ils représentent. Et ça, ça dit quelque chose de nous. Non pas que nous sommes des tribalistes du café, mais bien que nous portons des valeurs et qu’à notre échelle nous agissons. Tout n’est pas respectable et tout n’est pas à respecter. La notion de tribalisme est venue tout fausser. Tout rendre illisible. Parce qu’elle exclue le politique du catch. Elle refuse de le voir. Elle part du postulat que la WWE est une compagnie comme les autres. Elle ne l’est pas. Elle est, pour moi, à combattre. Pour le bien de l’ensemble. Il existe tant d’autres facteurs que le ring. Que leurs décisions de booking. Lutter contre la WWE, c’est, à mes yeux, une nécessité. Ma réponse personnelle, c’est le boycott. Car c’est celle qui me convient le mieux. Le compromis le plus efficace pour que ce en quoi je crois n’entre pas en collision frontale avec ce que je fais. Pour que mon sasse de décompression ne devienne pas une zone de souffrance. Aussi car son efficacité est prouvée. Démontrée. Politiquement, je crois en ce moyen d’action. Le boycott produit des effets. Les plus grands effets. Évidemment, je ne l’impose à personne. Ce n’est pas un appel. La difficulté cependant, c’est qu’il n’est rien d’autre qu’une forme de soulagement personnel s’il n’est pas partagé collectivement. C’est sur ce point que, peut-être, finalement, nous formons, malgré tout, malgré nous, une communauté. Des séries de choix individuels qui finiront, qu’on le veuille ou non, par former un tout. Avec des effets sur l’ensemble. Courage, donc, à chacun·e d’entre vous pour trouver un équilibre vous permettant d’évoluer sur cette minuscule ligne de crête entre cette passion fatiguante et la morale. Entre consommation et éthique. Est-ce réellement possible? Absolument pas. Du moins, pas complètement. Certain·e·s d’entre vous m’ont peut-être déjà croisé, sûrement avec une paire de Jordan en cuir aux pieds. J’écris ces mots sur un téléphone dont je ne préfère pas connaître les détails de fabrication. Le drame du capitalisme c’est que, quoi que l’on fasse, l’on est pris au piège en son sein. Ça use. Ça épuise. Ça désole. La résignation est aussi tentante que compréhensible. Le danger, c’est l’anesthésie progressive. Donc on navigue à vue. On se questionne. Tout le temps. On vit cette tension. Cet inconfort. On essaye. On essaye de faire au mieux. De ne pas faire le jeu du système. À minima de ne pas être à son service. On accepte que la prise de conscience est un cheminement, qu’il s’opère à des rythmes différents. Que tout le monde n’a pas la même volonté de creuser. Que certain·e·s n’y ont d’ailleurs pas intérêt. C’est le jeu. Il est terriblement frustrant. Alors on occupe l’espace. On fait entendre sa voix. On crée des îlots de résistance. On met en lumière les jolies choses tant qu’elles le sont encore. On comprend qu’il n’y a pas de position parfaitement propre. Mais il y a, à n’en pas douter, des degrés de complicité. Et surtout, des lignes rouges non négociables. C’est sur celles-ci qu’on devrait pouvoir s’accorder collectivement. À ce moment-là seulement, on fera communauté.

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