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Sur le circuit indépendant comme sur les réseaux sociaux, Nixi XS ne laisse personne indifférent. Derrière son appellation de « Versace of Violence » se dessine une esthétique minutieuse et une posture pensée pour interroger frontalement les logiques et dynamiques sociales qui traversent son milieu. Le Dernier Rang l’a rencontré afin d’évoquer sans détour la marchandisation des corps féminins dans le catch, les inégalités qui le gangrène, la manière dont elle navigue sa carrière en conséquence et la construction de son personnage comme dispositif critique. Un alter-ego devenu espace de réappropriation autant qu’outil de subversion lui permettant de questionner les mécanismes de domination qui ordonnent une industrie où l’image se vend autant que la performance, si ce n’est plus.
« C’est juste du catch, ce n’est pas si profond que ça! » Nixi XS, catcheuse indépendante américaine de 23 ans, l’entend régulièrement. « Mais pour moi, ça l’est! », explique-t-elle avec un enthousiasme débordant. « J’aime tout ce qu’on peut y traiter. C’est un genre infini, une forme d’art incroyablement riche et ludique. On peut analyser le catch à travers un prisme féministe, queer, à travers les dynamiques politiques de nos sociétés. On peut y voir le reflet de nombreuses questions culturelles et sociales, que ce soit fait consciemment ou non. Parfois c’est volontaire, parfois c’est accidentel. Rien que cette phrase est déjà fascinante en soi : qu’est-ce qui s’infiltre dans l’art? »
Nixi XS est assurément une artiste. Par le biais de son art, elle raconte, à sa façon, un milieu où le corps est à la fois outil de travail et surface de projection. Que voit-on quand on regarde une femme catcher? Une athlète? Un fantasme? Une marchandise? Une menace? C’est ce qu’elle souhaite questionner à travers sa carrière. Une carrière loin d’être une évidence. « Avant le catch, je n’avais pas de rêve. Et, à vrai dire, le catch n’a jamais été mon rêve. Je l’ai toujours adoré, j’ai grandi en le regardant. J’avais un Tumblr à l’époque. Je notais des matchs du haut de mes 15 ans sans avoir la moindre idée de ce que je faisais. Mais, comme je ne me percevais ni comme une athlète ni comme une performeuse, l’idée de me lancer ne m’a pas traversé l’esprit avant la fin du lycée. J’ai toujours été très peu sûre de moi, je me suis réfugiée dans les livres et les études. Je suis allée à l’université pour étudier la conservation d’œuvres d’art. Dans la vraie vie, je suis architecte d’intérieur. C’est une véritable passion. C’est important pour moi d’en avoir en dehors du catch pour ne pas me retrouver coincée dans une bulle. J’aime la mode, j’aime l’art, je lis énormément d’essais, d’articles, de blogs en tous genres. Tout cela a beaucoup influencé mon approche du catch, mes sources d’inspiration et la façon dont je me présente. »
Dès ses jeunes années, Nixi XS ne s’est jamais contentée d’admirer simplement les projecteurs. Alors que les Divas de la WWE façonnaient l’imaginaire collectif, elle observait déjà avec un regard affûté les codes et les mécanismes de leur mise en scène. Là où d’autres consommaient des icônes, elle questionnait des récits. « Je détestais le catch féminin quand j’étais plus jeune. Je trouvais l’ère des Divas dégradante », confie-t-elle. « Avec le recul, je lui porte un autre regard. J’en ai une appréciation plus camp (terme historiquement associé à la culture LGBT que Susan Sontag, essayiste américaine, définit comme l’apologie de la théâtralité à l’excès, de l’artificiel, de l’exagération et de l’outrance) et je pense que ces femmes faisaient énormément avec le peu qu’on leur donnait. Mais une grande partie de leur présentation reposait sur certains des pires stéréotypes de genre, tous entièrement orientés vers le regard masculin et pensés par des cerveaux d’hommes. »
Plutôt que les Divas, Nixi XS trouve son inspiration dans des figures plus anciennes. Parmi elles, Sensationnal Sherri, incarnation d’une féminité frontale et assumée. Plus qu’une simple admiration, une véritable fascination analytique : « Tout ce qu’elle faisait, même une promo de trente secondes, était immédiatement mémorable. La manière dont elle connaissait et comprenait son personnage, dont elle l’incarnait, est vraiment inspirante. Elle savait sublimer chaque moment auquel elle participait. Quand je la regarde, je vois une femme en parfaite harmonie avec elle-même. Une femme qui maîtrise comme personne l’art de rendre l’essentiel impactant. Quand on est manager ou valet, on a un seul moment pour briller. Une seule chance pour que notre intervention compte. Je suis fascinée par toutes les personnes dans le catch – particulièrement par les femmes – qui ont su occuper des espaces très réduits en en tirant le maximum imaginable. On pourrait dire qu’elle était un personnage secondaire, mais chaque personne avec laquelle elle était associée est devenue meilleure grâce à elle. C’est un rôle primordial. J’adore observer ça : l’art d’élever. Ajouter des enjeux émotionnels, de la personnalité. C’est une compétence tellement sous-estimée. Elle trouvait constamment le compromis parfait. Elle élevait tout ce qui l’entourait sans jamais rabaisser son propre personnage ou nier son individualité. »
Une individualité que Nixi XS a toujours souhaité cultiver. Pour l’utiliser comme un bouclier. « Je me suis toujours présentée de manière excentrique. J’ai les cheveux rasés depuis mes douze ans. J’étais toujours la fille un peu décalée, mais c’était loin d’être une forme d’assurance. J’ai toujours été extrêmement anxieuse socialement. Le catch n’a pas aidé ma confiance du tout. C’est à l’opposé de tout ce qui m’est naturel. Je dirais que j’ai gagné en confiance en dépit du catch et qu’il est devenu mon espace pour l’exprimer. C’est une zone dans laquelle je peux constamment tester cette confiance nouvelle. Un défi permanent. Ce n’est pas quelque chose qui a directement renforcé mon estime de moi, mais je me suis solidifiée en le surmontant. Je trouve le catch intrinsèquement anxiogène. Il est très facile d’entrer dans une spirale d’autocritique négative. Quand vous vous entraînez, il y a beaucoup de retours négatifs, et très peu d’enseignement sur l’idée de performance en elle-même. On doit se débrouiller. C’est pour ça que je fais aussi de l’improvisation et des arts scéniques, ça a débloqué quelque chose en moi. Tout est mental. Mais le catch n’est pas enseigné de cette manière, du moins pas selon mon expérience. On y apprend la technique, le storytelling, mais pas la préparation mentale que nécessite le fait de se mettre à nue devant un public. »

Lorsqu’elle commence la pratique, son entraîneur adopte une philosophie inspirée de celle réservée aux Young Lions au Japon. Pendant toute sa première année, avant de gagner ses galons, elle se voit imposée, comme tous·tes les autres élèves, une tenue noire et uniforme. Mais certaines contraintes peuvent devenir des leviers de créativité. Soumise à une discipline visuelle stricte, elle décide de transformer cette limitation en zone d’expérimentation, découvrant au passage ce qui deviendra plus tard une signature. « Je savais que je voulais un look très distinctif. Je comprenais l’idée de développer mon identité autrement, mais je trouvais ça incroyablement ennuyeux. Alors j’ai contourné progressivement la règle : j’ai d’abord porté du noir brillant et scintillant, puis j’ai commencé à coudre petit à petit des ornements roses, dorés, argentés. Un peu chaque semaine. Pendant tout ce temps, la seule zone autorisée pour montrer réellement de la personnalité, c’était mon visage. Le maquillage, c’est devenu mon terrain de jeu. Ça m’a donné une excellente base pour construire un look. »
Peu à peu, Nixi XS façonne l’esthétique de son personnage. Une esthétique pensée comme un langage. Un véritable système de signes où la féminité, la puissance et l’excès deviennent des éléments de discours. « La présentation installe le récit avant que quoi que ce soit ne soit dit », justifie-t-elle. « J’ai créé des tableaux Pinterest d’esthétiques qui m’attiraient, auxquelles je me sentais liée. Personnellement, je suis très attirée par la contre-culture de la fin des années 80, début 90. L’influence des New Romantics, très maximaliste avec un maquillage dramatique et des lignes très sévères. L’essor de Versace, Mugler, Dolce & Gabbana. Des formes exagérées et hyper féminines. Je m’inspire beaucoup de défilés de haute couture, de Grace Jones. C’est une chose d’adopter une esthétique, mais c’en est une toute autre d’en trouver une qui soit totalement connectée à qui l’on est. Rapidement, j’ai su quel type de personnage pouvait me correspondre, et tout s’est parfaitement aligné dans ma tête. Ça a rendu l’incarnation facile, sans laisser trop de place au doute. »
Consciente de ses limites, elle choisit de les intégrer pleinement à son identité artistique plutôt que de les dissimuler. Ses failles nourrissent l’attitude et la tonalité du personnage, faisant de sa vulnérabilité une force. En épousant ses limitations au lieu de les nier, Nixi XS s’est offert un espace d’authenticité total. D’affirmation de soi. « J’avais d’abord l’idée visuelle de manière assez précise, et le personnage s’est construit en partie en fonction de mes faiblesses. Par exemple, je sais que je ne suis pas capable d’hurler naturellement. Je ne suis pas une personne qui peut crier fort pendant une promo. Je peux élever la voix, accélérer le tempo, gérer le rythme, mais hurler, ce n’est pas moi. Au quotidien, je suis plutôt mordante, très sarcastique, mon humour est très caustique. C’est une part naturelle de ma personnalité sur laquelle je peux m’appuyer. Je ne hurle pas mais je peux toujours trouver quelque chose de piquant à dire. L’idée était de trouver un personnage en adéquation avec ça. Et c’était facile, parce que je ne m’entraînais qu’avec des garçons, des mecs de salles de sport, je pouvais les analyser en deux secondes. Je passais la moitié de la promo à critiquer leur attitude et à juger leurs tenues, de la manière la plus drôle que je pouvais imaginer. Je me souvenais de la fille sur Tumblr qui critiquait tout, avait un avis sur tout. Mon personnage me permet de replonger dans la tête de cette adolescente. Ma manière d’interagir avec le monde consistait surtout à observer les autres et à décortiquer leurs comportements. La question était donc : quel type de personne se comporterait ainsi ? J’ai réduit ces traits de caractère à différents personnages qui pouvaient être susceptibles de les porter. Au départ, j’en ai retenu trois : top model, popstar et influenceuse. Le personnage s’est développé à partir de là. Si vous regardez une interview de Naomi Campbell en 1994 et que vous étudiez sa manière de s’exprimer, il y a cette assurance froide, cette arrogance, cette austérité, c’est tellement amusant à jouer. »
L’esthétique finalement choisie traduit une volonté d’exploration. À travers ces silhouettes exacerbées, ces matières et ces détails soigneusement pensés, elle ne se contente pas d’incarner la féminité. Elle la démonte, l’analyse et la réassemble. Recommencer, autrement. Découper et déplacer les lignes. « Je conçois toutes mes tenues moi-même. Je choisis les tissus, les matières, je dessine tout. Je suis tellement perfectionniste que je me rends folle. Rien ne me satisfait jamais. L’idée c’est de pouvoir donner vie moi-même à ce que je dessine. J’adore explorer l’hyperféminité. La dimension archétypale du catch fait partie de ce qui en fait un art si spécifique. Les autres médias grand public sont devenus très nuancés, tandis que le catch s’appuie encore sur des schémas narratifs très simples, qui relèvent presque du vaudeville. Et je trouve ça amusant. Il y a une puissance dans l’utilisation des archétypes et des stéréotypes pour se représenter. J’aime prendre certaines représentations négatives des femmes dans les médias et utiliser ces stéréotypes à mon avantage en tant que heel. Je comprends la perception que les gens en ont, je comprends comment cela est reçu, mais je le détourne aussi pour servir mon propre récit. J’aime jouer avec ça, toute une lignée de stéréotypes sexuels féminins. »

Convaincue que le catch peut être un puissant miroir des problématiques sociales contemporaines, elle souhaite tendre le sien au monde. Qu’il s’y regarde, que cela lui plaise au non. Mais elle se heurte à une réalité : apparitions ponctuelles, rivalités improvisées, manque de continuité. Là où les grandes structures peuvent construire des arcs scénaristiques s’étalant sur plusieurs mois, les talents indépendants doivent se contenter de performances isolées. « J’aimerais avoir davantage d’occasions de raconter des histoires explicitement fondées sur des enjeux sociétaux. Malheureusement, en tant que catcheuse indépendante, ce n’est pas souvent possible. La nature même de l’industrie l’empêche. On passe d’un show à l’autre, d’une promotion à une autre, d’un adversaire à un autre. Aussi, en tant que heel, j’ai rarement des intrigues suivies. Je suis plus souvent l’élément perturbateur dans l’histoire de quelqu’un d’autre. C’est mon rôle actuel et je suis heureuse avec ça. »
À mesure que sa carrière progresse, Nixi XS se retrouve confrontée à un dilemme moral de plus en plus pressant : comment concilier ses envies et convictions avec les réalités économiques du métier? Entre nécessité de vivre de son art et volonté de rester fidèle à ses principes, elle avance sur une ligne de crête. « En tant qu’artiste, je veux créer quelque chose qui soit vu, que n’importe quel enfant puisse découvrir, pas seulement le microcosme des fans de catch indépendant. Mais en même temps, j’ai de profonds désaccords, politiques ou éthiques, avec les grandes compagnies. Il est difficile d’envisager de sacrifier mon corps pour une entreprise qui consacre beaucoup de temps et d’argent à soutenir un système activement opposé à mes convictions. Mais ce sont elles qui ont la plus grande plateforme. Et il y a une part égoïste en moi qui veut simplement réussir et vivre de ce que j’aime. Il n’y a pas d’option parfaite, mais je pense qu’il y en a de meilleures que d’autres. J’y pense souvent. Le plus gros problème, c’est qu’il est très difficile d’être totalement indépendante en tant que catcheuse. Très peu de personnes y parviennent, et la plupart sont d’anciens talents des grandes compagnies. En tant que catcheuse, on dépend d’elles et on doit composer avec des dynamiques complexes. »
Alors Nixi trouve d’autres moyens pour déployer sa vision et aspire à incarner elle-même des récits qui célèbrent la diversité des identités, qui bousculent les normes et qui affirment que la puissance ne se définit pas selon des standards imposés. « Dans le sud conservateur des États-Unis, les choses qu’on a pu me crier sont insensées. J’ai entendu les insultes les plus violentes. Et, étrangement, je trouve que ça me valorise. Ça me donne confiance. C’est pour ça qu’on me paie, non ? Parce que je suis capable de susciter cette réaction. Mon travail permet ça. On pourrait dire que cela entretient une perception négative des femmes, de la sexualité ou des personnes queer, mais aucun progrès ne se fait sans remuer un peu les choses. S’ils me perçoivent ainsi, alors j’en ferai un avantage. S’ils me voient comme une garce, je serai la plus grande des garces. Vivre cachée ne vous rendra pas plus aimable à leurs yeux, alors autant y aller franchement. Je suis une femme ouvertement queer et fière de l’être. La culture queer s’empare des stéréotypes et des tabous, les amplifie et les transforme en art. J’adore être flamboyante et le clamer haut et fort. J’aime être heel parce que j’aime utiliser les perceptions inconscientes des gens contre eux. À mes yeux, les meilleurs heels sont ceux qui, au fond, ont un peu raison. Quand on est une femme confiante, qui ne réagit pas aux compliments, qui se célèbre elle-même, cela met très vite beaucoup de monde en colère. Je n’ai même pas besoin de dire quoi que ce soit de méchant. Je peux techniquement rester polie, mais si mon visage exprime l’idée que je n’ai pas besoin d’approbation et que je ne souhaite pas qu’on me touche, les gens deviennent furieux ». Une version exacerbée d’elle-même qui lui permet d’articuler ce que la vie quotidienne rend plus difficile. « C’est une réappropriation des parties de moi que j’avais enfant et qui m’ont ensuite complexées. Le côté bruyant, exubérant, que la société et la vie vous arrachent. Beaucoup de gens ne retrouvent jamais ces parties d’eux-mêmes. Tout cela est un jeu. Ce jeu permet de les retrouver. »
Sous les projecteurs, on peut explorer d’autres identités. Devenir autre. Mais ce renversement n’est pas sans risque. Car dans les vestiaires comme sur les réseaux, la sexualité des catcheuses est scrutée. Commentée. Jugée. « Je réfléchis souvent à cette présentation sexuelle qui me permet de gagner de l’argent, et à la façon dont différentes personnes, dans différents espaces, me traitent pour cela. C’est une question de perception, mais cela affecte concrètement ma vie, la manière dont je dois gérer ma carrière, les dynamiques du milieu dans lequel j’évolue. Et j’ai une opinion sur le sujet, parce que je dois le vivre au quotidien. Le sujet n’est traité que d’un point de vue réactionnaire. Prenons l’exemple d’Elayna Black (anciennement Cora Jade à la WWE). Elle catch depuis l’âge de 17 ans, a été signée très jeune et automatiquement hypersexualisée alors qu’elle était encore une adolescente. Elle a intégré cette sexualisation, l’a embrassé, puis, après avoir été renvoyée, a décidé de financer sa carrière de cette façon et, soudain, cela devient un problème. Ce n’était pas un problème quand elle apparaissait ainsi chaque semaine à la télévision, mais maintenant qu’elle en tire elle-même directement profit, c’en devient un. «Oh, elle a juste fait du catch pour gagner de l’argent sur OnlyFans». Je vais vous dire une chose : personne ne tombe sur la tête dans un ring pour gagner de l’argent sur OnlyFans. Il existe mille autres façons d’en gagner qui n’impliquent pas des risques de commotion cérébrale. Ce n’est pas une stratégie. Honnêtement, je pourrais gagner plus d’argent sur OnlyFans si je ne faisais pas de catch, parce que ça limite ce que je peux publier si je veux continuer à obtenir des bookings. »
Ce qui est malheureux, c’est de vivre dans une industrie où l’on est simultanément récompensée pour correspondre à un idéal et punie quand on fait le choix de l’utiliser.
Nixi XS
Dans un milieu qui exploite l’esthétique du désir et du sexe tout en prétendant s’en distancier, Nixi revendique simplement le droit à une expression libre, sans qu’elle ne soit instrumentalisée ou jugée différemment selon le genre. « Le catch est intrinsèquement sexuel. On peut lire le catch comme de l’érotisme. À mon avis, c’est une lecture parfaitement valable. Les hommes catchent en slip, torse nu, épilés et huilés. Mais comme l’expression d’une sexualité masculine n’est pas moralement condamnée de la même manière que celle des femmes, quand des femmes catchent dans des tenues mettant en valeur leur corps, cela devient vulgaire ». Une sexualité scriptée, acceptable car sous contrôle. Surveillée. La puissance est tolérée tant qu’elle ne déborde pas. « Quand le système ou le conglomérat médiatique scénarise votre sexualité, c’est légitime, mais quand vous le faites vous-même en assumant qu’elle est aussi une ressource économique, vous devenez une prostituée, vous ne respectez pas la discipline, ça vient entacher votre crédibilité. DX est entrée dans la légende en demandant aux fans de leur faire des fellations. Le niveau d’hypocrisie est phénoménal. »
À l’heure des réseaux sociaux, la carrière d’une catcheuse se joue aussi en ligne. Le nombre d’abonnés devient une monnaie. La marchandisation devient une condition matérielle. Le corps une carte de visite. « C’est quand j’ai commencé à publier des photos en lingerie que j’ai commencé à attirer l’attention sur ma carrière de catcheuse. C’est à ce moment-là que les gens ont commencé à regarder mes matchs et mes promos. Il y a un bénéfice net à se présenter de cette manière, et ça me va. J’ai confiance en mon corps, en ma sexualité, et je me sens puissante. Me présenter ainsi est clairement un choix. Ça m’a apporté beaucoup de bookings. Une grande partie du succès dans le catch repose sur la notoriété en ligne. L’engagement sur les réseaux sociaux influence le nombre de billets que tu peux vendre. Certains types de corps obtiennent plus d’opportunités dans le catch, surtout chez les femmes. Evidemment, il existe tant de morphologies différentes qui peuvent être attirantes ou séduisantes, mais si vous êtes plantureuse, avec des hanches dessinées ou des fesses qui remplissent bien votre tenue, vous aurez plus d’opportunités. Ce n’est pas normal, mais on a le droit de reconnaître que cela aide dans ce milieu. Je vois ça comme un outil. Un outil dans mon arsenal. Si un homme fait valoir ses abdominaux, les 20 kilos de muscles qu’il a gagné à la salle et l’impact que ça a pu avoir sur sa carrière, on va parler de travail, d’effort, de dévotion. Si une femme a le malheur de dire : « oui, cela m’aide à obtenir des opportunités, les gens aiment regarder ce corps, cela fait partie de ma présentation », elle est traitée de pute. C’est délirant. Le type à côté de moi en coulisses est quasiment nu! Moi, je porte trois couches de collants! Les gens ne s’en rendent pas compte : je suis extrêmement couverte! Ce qui est malheureux, c’est de vivre dans une industrie où l’on est simultanément récompensée pour correspondre à un idéal et punie quand on fait le choix de l’utiliser. »
La question du droit, souvent implicite, que certains hommes s’arrogent sur les corps féminins devient centrale. « Parce que tu publies d’une certaine façon, certains se permettent des commentaires ou pensent que c’est une invitation à te faire des avances, que tu es demandeuse, que tu cherches quelque chose. Et quand tu précises que tu n’es pas intéressée, ça peut affecter tes bookings. Tout cela est évidemment alimenté par un système misogyne. Quand un homme poste une photo torse nu, est-ce que ça change la manière dont on le traite ? Est-ce que c’est une invitation à aller lui pincer les tétons ? Il y a ce calcul permanent que je dois faire : qu’est-ce qui est le mieux pour ma carrière? Parler ou me taire? Je dois naviguer entre ces sentiments au moins une fois par mois. Je ne veux pas brûler des ponts parce que je tiens à rester professionnelle et à préserver mes relations dans le catch. Si tu te plains, tu es très vite étiquetée comme un problème ». Car parler ne met pas en cause que les agresseurs. Parler met en cause le système. Celles et ceux qui le protègent. Qui font mine de ne pas savoir. Qui se taisent. « Je sais ce que c’est d’évoluer dans des environnements nocifs où les abus sexuels, la coercition et le harcèlement sont normalisés », ajoute-t-elle. « Même si cela ne t’arrive pas directement, il y aura toujours quelqu’un qui en souffrira. C’est extrêmement grave. Et c’est partout. Le catch est un monde un peu hors-la-loi où il n’y a pas de véritables conséquences ou de système de responsabilités. Le mouvement Speaking Out n’a pas fonctionné parce que la plupart des personnes visées travaillent encore aujourd’hui, et les femmes qui ont parlé ont été davantage pénalisées que les hommes. C’est la réalité. Le plus grand changement n’a pas été d’écarter les personnes qui faisaient du mal mais bien d’isoler les femmes susceptibles de parler. »
On aurait tort de réduire la misogynie du catch à quelques individus toxiques. Elle est profondément ancré. Structurelle. Elle tient à l’histoire d’une discipline pensée par et pour des hommes. Les instances décisionnaires restent en conséquence majoritairement masculines. Ce sont des hommes qui écrivent les scénarios, attribuent les ceintures, décident de la durée et de la place des combats. Ce déséquilibre façonne encore aujourd’hui les récits. Et les vies qui se cachent derrière. « Je pense que le plus important, c’est que le catch a besoin de plus de femmes en position de pouvoir. Je crois n’avoir travaillé qu’avec une seule compagnie dirigée par une femme. En tant qu’artistes, nous pouvons faire ce que nous voulons, faire bouger quelques lignes, mais ce sont les structures qui déterminent réellement les possibilités d’évolution, la place qu’elles leur laissent. Et les femmes ne sont pas en position de pouvoir dans les structures. Alors oui, certains hommes soutiennent davantage les femmes, mais cela reste résiduel. Et il y a une immense différence entre dire « notre compagnie soutient le catch féminin » et « notre compagnie embauche des femmes à des postes clés pour apporter des changements fondamentaux ». C’est un espace tellement dominé par les hommes. Il faut que des personnes ayant vécu l’expérience d’être une femme dans le catch soient présentes dans les sphères décisionnaires. Regardez combien d’écoles sont dirigées par des femmes. J’en connais peut-être trois aux États-Unis, sur des centaines. La réalité c’est qu’elles travaillent pendant des années, sont maltraitées, puis finissent par quitter le milieu parce qu’elles ont trouvé d’autres moyens de gagner leur vie où elles se sentent davantage respectées et valorisées. »

Etre une femme dans le catch, c’est porter une charge mentale double, voire triple : performer physiquement, rester désirable, tout en devant expliquer sans cesse qu’on est à sa place. Nixi raconte cette nécessité d’être perçue comme irréprochable pour obtenir la moitié de la reconnaissance accordée à ses collègues masculins. « Je m’inquiète que les gens ne prennent pas mon catch au sérieux. Des gars dans les vestiaires qui disent : « Oh, c’est juste une fille d’OnlyFans ». Je prends les mêmes putain de chutes que vous sur le ring. Je peux vous raconter mon amour pour cette discipline pendant des heures. J’aime infiniment le catch! Si les femmes avaient les mêmes opportunités que les hommes, on ne serait pas autant à se tourner vers le travail du sexe pour gagner de l’argent. Ce ne serait plus un sujet, parce que ce ne serait plus une nécessité. J’espère que cette forme d’expression sera davantage respectée comme un moyen légitime de financer sa carrière. »
Écarts de rémunération, inégalités de chances, différences de traitement, la misogynie ne disparaîtra pas par la seule force d’un personnage. Les structures résistent. Les mentalités aussi. Les carrières prennent la forme de numéros d’équilibriste entre réflexions stratégiques, compromis et lignes rouges infranchissables. Mais chaque cerveau a le pouvoir d’ouvrir une brèche. Et Nixi XS, partout où elle passe, en ouvre une grande. Car oui, le catch peut être un terrain de progrès social. D’émancipation. De changement. Sa nature scriptée le rend entièrement malléable. Il n’est que ce qu’on en fait. Pendant des décennies, il a exposé des corps. Il n’a fait que les consommer. Les vendre. Les exploiter. Les humilier. Les catégoriser. Les brutaliser. Il est maintenant temps d’enfin entendre ce que ces corps ont à dire.
Texte: Le Dernier Rang
Crédits Photos:
Deux premières: James Musselwhite (@y2jimbob)
Troisième: Océane Ferreira (@oceshots)
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Nixi XS : Listening to what bodies have to say
On the independant circuit or on social media, Nixi XS leaves no one indifferent. Behind the moniker of “Versace of Violence” lies a meticulous aesthetic and a stance designed to directly challenge the logic and social dynamics within her field. Le Dernier Rang met with her to openly discuss the commodification of female bodies, the inequalities that plague the wrestling business, how she navigates her career consequently, and the construction of her character as a critical device. An alter-ego that has become both a space for reappropriation and a tool for subversion, allowing her to question the structures of domination that organize an industry where image sells as much as performance, if not more.
« It’s just wrestling, it’s not that deep! » That’s what Nixi XS, a 23-year-old American independent wrestler, hears all too often. « But for me, it is! » she says, her excitement bubbling over. « I love how many interesting things are reflected in wrestling. It’s such an infinite genre, such a fun art form. You can pull from anything. You can look at wrestling through a feminist lense, through a queer lense, through cultural and political dynamics in the United States. You can see reflections of so many cultural and social issues in wrestling, whether or not the people in charge are fully aware of it. Sometimes they are, sometimes it just happens, but that alone is fascinating : what gets pulled into the art? »
Nixi XS is definitely an artist. Through her art, she depicts, in her own way, a world where the body is both a tool to work with and a surface of projection. What do we see when we look at a female wrestler? An athlete? A fantasy? A commodity? A threat? That’s what she intends to question throughout her career. A career that was far from being a given. « I didn’t have a big dream prior to wrestling. And wrestling never was my dream. I loved wrestling, I grew up watching it. I had a Tumblr, I wrote match reviews even tough I was 15 and had no idea how to review a wrestling match. But, because I didn’t perceive myself as an athletic person or a performer, it didn’t even cross my mind to do it until I finished up high school. I always was very insecure, so my passion was just academics. I went to college to study art conservation. My real job is interior design. I’m passionate about that. I like having passions outside of wrestling or else you just kinda get stuck in a bubble. I love fashion, I love art, I’m a geek about everything, such a book nerd, such a reader of essays, articles, blogs, that’s kind of informed a lot of what I do with wrestling, the way I present myself and the influences I pull from. »
From a young age, Nixi XS never settled for simply admiring the spotlight. While WWE Divas shaped the collective imagination, she was already keenly observing the codes and mechanisms of this spectacle. While others consumed icons, she questioned stories. « I hated women’s wrestling when I was a kid. I saw Divas wrestling as really degrading. Now, looking back at it, I have an appreciation for it as very campy. I think those women were doing a lot with the very limited opportunities they had. But so much of the presentation of Divas in wrestling was just based on some of the worst stereotypes of women, very much for the male gaze and very much from a male point of view. I like reclaiming that and using it. »
Rather than the Divas, Nixi XS draws inspiration from older figures. Among them is Sensational Sherri, an embodiment of bold, unapologetic femininity. More than a simple admiration, an analytical fascination: « Everything she did, even a thirty-second promo, was immediatly memorable. The way she knew and performed her character. That is a woman who’s totally in tune with herself. A woman who knows how to make the essential impactful. When you’re a valet you have one moment to make it matter. I’m fascinated by anyone in wrestling – but particularly women – that took very limited spaces and made the most of it. You might say that she was a sidekick, but anyone she was paired with she made a better performer. That’s such an essential role. I love doing that. Adding emotionnal stakes, personnality. I think that’s such an underrated skill to have. As a performer she walked that perfect line of elevating everything around her without ever diminishing her own character and individuality. »
An individuality Nixi XS has always sought to nurture. To use as a shield. « I always presented myself in a very eccentric way, my hair has been shaved like this since I was 12 years old. I was always the edgy girl but it didn’t came from a place of confidence. I was so socially anxious. Wrestling didn’t help my confidence at all. I was pushing myself through it. It’s so against everything that’s natural for me. I’m an art kid. I don’t run. I’d say that I’ve become confident in spite of wrestling and wrestling has become my outlet for displaying it. I’ve become a stronger person by overcoming it. It just this thing that I can constantly test my confidence against. In my training experiences, there’s a lot of negative feedback loop that you get, and there’s not a lot of emphasis put on how to be a performer, you kind of have to figure it out. You’re not being told how to develop your presence or portray you character. That’s why I’m doing improv and performance arts too, it unlocked that part for me. It is all mental. But wrestling is not, at least in my experience, taught in a way that straigtens your mental performance ability. »

When she started training, her coach adopted a philosophy inspired by the Young Lions in Japan. For a whole year, before earning her stripes, she, like everyone else, was made to wear a standard all black gear. But some restrictions can become creative levers. Constrained by a strict visual discipline, she decides to turn this limitation into a space for experimentation, discovering what would later become her signature. « I knew I wanted a very destinctive look. I understood the idea, but I was like « that’s so fucking boring! », so I got around it by wearing very sparkly all black gear. I slowly sewed on pink, gold and silver embellishments. I little bit each week. But my makeup was a thing I could play with. They were no rules about this. I could do whatever I wanted with my face. So that gave me a great plateform to build a look off of. »
Gradually, Nixi XS shapes the aesthetics of her character. An aesthetic thought of as a language. An entire system of signs where femininity, power, and excess become elements of discourse. « The presentation sets up the narrative before anything’s ever spoken », she explains. « I put together a bunch of Pinterest boards of different aesthetics that I’m really drawn to personnally, that I feel connected to. Late 80s, early 90s counter culture, New Romantics influence. Very maximalist, very severe, dramatic makeup. The rise of Versace, Mugler, Dolce & Gabanna and Chanel, very exagerated, hyper feminine silhouettes. Lots of Grace Jones, lots of haute couture runways. It’s one thing to have an aesthetic, but it’s another to have it be connected to who you are. I knew what kind of character I felt was true to me and those things just aligned really well. It made it really easy to sink into that and not doubt it too much. »
Aware of her limits, she chooses to fully integrate them into her artistic identity rather than hiding them. Her vulnerabilities feed into the attitude and tone of her character, making her vulnerability a strength. By embracing her limitations instead of denying them, Nixi XS gave herself a space of total authenticity. « I had the visual idea and the character came about as just learning what my weaknesses were, honestly. For example, I realized I’m not a natural yeller. I’m not a person that can scream and yell in a promo. I can raise my voice, I can raise my tempo, but yelling, that’s not me. I’m very catty, very witty, it’s my actual humor. That’s a natural part of my personnality I can lean on. I can always turn to say something bitchy. And that was so easy because I trained with boys, and they were like sports bros, I could just read them down in like two seconds. I would just critique their outfit the whole promo, in the funniest way I could think of. I remember the Tumblr girl that had opinions on everything. My persona lets me dig into that teenage girl. I was such a wallflower. The way I interacted with the world was just by watching everyone else. So the question was : what type of person would behave in this type of way? I funnelled down the character traits that felt natural to me into what personas would have those traits. The 3 that I got it down to were fashion model, popstar and influencer. It devellopped from there. If you watch a Naomi Campbell interview from 1994 and listen to the way she talks, there’s just this cool, confident, but like cutting bitchyness, and that’s so fun to perform. »
The aesthetic she ultimately chose reflects a desire for exploration. Through these exagerated silhouettes, carefully chosen fabrics and details, she doesn’t just embody femininity. She deconstructs it, analyzes it, and reassembles it. « I design all my own gear, I pick all the fabrics, I draw it all out. I’m such a perfectionnist so I’ve been driving my self insane. I would like to execute the things that I design. I love getting to explore hyper-feminity in wrestling. The archetypal nature of wrestling is part of what makes it such a specific genre. Other mainstream medias have become so nuanced whereas I feel like wrestling still holds on to a lot of very old school, vaudeville style archetypes. I think there is a power in using archetypes and stereotypes to portray yourself. I like taking some of the negative ways that women have been presented in media and using that to my advantage as a heel, because I understand the perception, I understand how that comes across, so I’m kind of challenging it and using it to my own narrative purpose. »

Convinced that wrestling can be a powerful reflection of social issues, she’s also confronted with a stark reality : one-off appearances, improvised rivalries, lack of continuity. While large organizations can develop story arcs that unfold over months, independent talents must often find their voice in singular, standalone performances. « I wish I had more opportunities to tell stories that are more explicitly based in social dynamics. Unfortunately, as an independant wrestler, that’s just not something you get the opportunity to do much, just by nature of how the industry works. You’re just bouncing from show to show and, as a heel, I rarely have consistent storylines. I’m more often the disrupter to someone else’s story, which is fine, that’s my role and I’m happy with that. »
As her career blossoms, Nixi XS faces an increasingly pressing moral dilemma: how to align her convictions with the economic realities of the profession? Caught between the need to make a living from her art and the desire to stay true to her principles, she walks a tightrope, balancing on the edge of a cliff. « As a performer, I want to be creating something that’s seen, that some random kid can see and not just niche indy wrestling fans. But at the same time, I have serious disagreements, politically or ethically, with major companies. It’s hard to think about sacrificing my body for a company spending lots of time and money propping up a system that is actively against the things I believe in. But they’re the ones with the biggest platform. And there is a selfish part of me that just want to succeed and do the thing I love. There’s no perfect option but I think there’s better options. It’s just a tough thing to navigate. The biggest problem is that it’s very hard to be fully independant as a wrestler. They’re very few people that can do it, and most of them are former talents from the major companies. As a wrestler you’re relying on major companies and reckoning with tough dynamics. »
So Nixi finds other ways to deploy her vision and aspires to embody herself narratives that celebrate diversity, challenge norms, and assert that power is not defined by imposed standards. « In very conservative places like the southern United States, the things that have been shouted at me are insane. The most violent slurs. And I find it weirdly empowering. That’s why I’m paid to be here, right? Because I can garner that reaction. You could argue that it creates a negative perception of women, sexuality or queer people, but I don’t think any type of progress happens whithout stirring the pot a little bit. If they’re going to perceive me that way, I’m going to use it to my advantage. If they see me as a bitch, I’m going to be the best at being a bitch. Hiding along the wall won’t get people to like you any more, so you might as well dive in. I’m an openly, proudly, queer woman. Queer culture takes stereotypes and taboo, amplifies them and turns them into art. I love getting to be flamboyant and celebrating that. I like being a heel because I like using people subconscious perceptions against them. In my mind the best heels are the ones that are kinda right. When you are a confident, flamboyant woman, and you don’t react to praise, you don’t need praise because you praise yourself, people get very easily angry at that. I don’t even have to say anything mean. That’s the thing. I can, I do, but I don’t have to. I can be technically polite and proper but if my face looks like I don’t need you, people get so mad! » An exagerated version of herself that allows her to articulate what daily life makes more difficult. « Honestly, it’s part of myself that I know people find irritating about me. I just have to turn it up, not up to 10 but like 20. It’s reclaiming the parts of myself that I had when I was young and then became insecure about. The loud, colourful, part of my personnality that society and life tear away from you. I feel like most people don’t ever find their way back to those things. »
Under the spotlight, one can explore other identities. Become another person. But this reversal is not without risk. In locker rooms or on social media, the sexuality of women wrestlers is scrutinized. Commented on. Judged. « I was thinking about how I portray myself sexually, make money that way, and how different people in different spaces treat me because of it. It’s perception but it impacts the way I live my life, the way I have to navigate my career, the dynamics of the wrestling space I exist in. And I do have an opinion on it because I have to live it. It’s only talked about in a purely reactionnary capacity. I’ll use Elayna Black as an exemple. She wrestled from the time she was 17, got signed super young, was automatically sexualized because of how she looked as a teenager, embrassed that, and, after being released, decided to fund her career this way, and now it’s a problem. It wasn’t a problem when she looked that way on TV every week, but now that she’s directly profiting herself off of it, it’s « oh, she just wrestled so she can make OnlyFans money ». Newsflash : nobody is getting dropped on their head to make OnlyFans money. There are so many other ways you can make OnlyFans money that don’t involve CTE risks. That’s not a thing! I could make more money on OnlyFans if I didn’t wrestle, because it limits what I can post to still get jobs. »
It’s just unfortunate when you’re actually living in an industry where you’re simultaneously rewarded for looking a certain way and punished for using it for yourself.
Nixi XS
In an environment that exploits the aesthetics of desire and sex while claiming to distance itself from them, Nixi simply asserts the right to free and unapologetic expression without it being instrumentalized or perceived differently depending on gender. « Wrestling is inherently sexual. You can look at wrestling as erotica. In my opinion, that’s a very valid way to read the dynamics of wrestling. Men wrestle in little panties, with no shirts on, all oiled up. But because portraying masculine sexuality in that way isn’t seen as a moral wrong in society the way that it is for women, when women wrestle in their gear that shows off their feminine bodies, it’s slutty or whatever ». A scripted sexuality, acceptable because of that. Under control. Monitored. Power is only tolerated as long as it does not become a threat. « When the system, the media conglomerate that’s scripting your life portrays you as sexual, that’s considered valid but when you do it for yourself because you aknowledge your sexuality, and you know that’s profitable, you’re a whore and you clearly don’t care about wrestling. It’s like an asterisk on your credibility. DX was going out every week and telling people to suck them off, right? It’s just the hypocrisy. »
In the age of social media, a wrestler’s career plays out mostly online. Your number of followers becomes a currency. Commodification becomes a material condition. The body becomes a calling card. « When I started posting lingerie pictures, that’s when I started getting attention on my wrestling clips. That’s when people started to watch my highlights and promos. There is this net benefit in presenting yourself that way and I’m ok with it. I’m very confident in my body, my sexuality and I feel very empowered. Presenting myself that way is definitely a choice. So much of being successful in wrestling is just online clout. That kind of social engagement drives how many tickets you could sell. And they’re certain body types that get more opportunities in wrestling. Particularly women. They’re so many different bodytypes that can be beautiful, sexy or appealing, but if you’re busty or you have nice round hips or an ass that fills out your trunks, you’re gonna get more opportunities. That’s not normal, but you can aknowledge that it is helping you in your career to look a certain way. It’s a tool. A tool in my arsenal. If a male wrestler talks about getting to the gym and getting 40 pounds of muscle and how far it got him in his career, it’s like « yeah that’s the hustle, that’s the grind ». If you’re a women and say « yes, this helps me getting opportunities, people like to look at this body, this is part of my presentation as a wrestler », you’re being a whore. Bro next to me in line is standing here with his entire body out! Me, I wear three layers of tights! People don’t realize this. I’m very covered up! It’s just unfortunate when you’re actually living in an industry where you’re simultaneously rewarded for looking a certain way and punished for using it for yourself. »
The often unspoken claim that men make on women’s bodies takes center stage. « Because you post in certain way people think it’s an invitation to make a move on you, that you must be asking for something. And when you make it clear that you’re not interested, that impacts your bookings. It just comes down to misogyny. When a guy posts a shirtless picture, does that change how you treat him? Is that an invitation for you to go up and grab his nipples? There’s this constant math that I have to do. What’s better for my career? I have to navigate between this feelings at least once a month. You don’t want to burn this bridge because you want to maintain professionalism and your connections in wrestling. If you complain, you get very quickly stamped as a problem ». Because speaking out doesn’t only implicate the agressors. Speaking out implicates the system. Those who protect it. Those who pretend not to know. Those who remain silent. « I know what it’s like to be in harmful environnements in wrestling. Where sexual abuse, coercion and harrasment are normalized », she adds. « Even if it’s not actively being done to you, there will always be someone in that space that’s being hurt by it. It’s very much a big deal. And it’s everywhere because wrestling is this weird outlaw world where there’s no accountability. Speaking Out didn’t work because most of those people are still working today, and women that spoke out where hurt more by it then the men were. That’s the reality of it. The biggest change in Speaking Out wasn’t getting rid of people that do bad things, it was isolating women that might speak up. »
Of course, misogyny in wrestling can’t be reduced to a few toxic individuals. It is firmly enchored. Structural. Rooted in the history of a discipline conceived by and for men. Decision-making organs consequently remain predominantly male. Men are the ones who write the storylines, award the belts, decide matches order and durations. This imbalance continues to shape the narratives. And the lives hidden behind them. « The biggest thing is that wrestling needs more women in power. I think I worked with one company that had a female promoter. As performers we can do whatever we want but it’s the corporate structures that really determined the change. And women are not in position of power in those structures. There are some men in wrestling that are more supportive of women, but it’s still secondary. And there’s a big difference between « Our company supports women’s wrestling » and « Our company hires women that are in position to fundamentally make changes ». It’s such a male dominated space. You need people that have lived the experience of being a woman in wrestling to be in the room. Look at how many schools are run by women. I can think of like 3 in the US, out of hundreds. They work for years, get treated like shit and then they leave, because they found other ways to make money where they feel respected or empowered. »

Being a woman in wrestling means carrying a double, even triple mental load: performing physically, remaining desirable, while constantly having to explain that you belong. Nixi speaks of this need to be impeccable in order to receive half the recognition granted to her male colleagues. « I worry about people not taking my wrestling seriously. Guys in the locker room saying « Oh, you’re just an OnlyFans girl ». I’m out there taking the same fucking bumps you are. If you ask me my opinions on wrestling and my love for it, I garantee it could take days. I’m in love with that thing! If female performers were given the same opportunities as men, there wouldn’t be so many of us getting into sex work to make money. It wouldn’t be as much of an issue because it wouldn’t be as much of a necessity. I hope that that form of sexual expression will be more respected as a valid way to fund your career. »
Pay gaps, inequality of opportunites, differences in treatment, misogyny will not disappear through the sheer force of a character alone. Structures resist. Mentalities do too. Careers take the form of high-wire acts, balancing strategic calculations, compromises and non-negotiable red lines. But every mind has the power to open a breach. And Nixi XS, everywhere she goes, is opening a wide one. Because yes, wrestling can be a ground for social progress. For emancipation. For change. Its scripted nature makes it entirely moldable. In the end, it is what we make of it. For decades, it’s been selling bodies. Consuming them. Displaying them. Exploiting them. Humiliating them. Categorizing them. Brutalizing them. It is now time to listen to what those bodies have to say.
Text: Le Dernier Rang
Photos credits:
First two : James Musselwhite (@y2jimbob)
Third : Océane Ferreira (@oceshots)
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